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« Souveraineté alimentaire » : un terme malhonnêtement détourné par les promoteurs de l’agriculture intensive

En 1996, Henri Saraghi, paysan indonésien, et porte-parole de la Via campesina de l’époque avait mangé la première feuille de déclaration finale du Sommet de l’Alimentation de la FAO qui s’était déroulé à Rome. Il avait conclu en déclarant « Mesdames, Messieurs, ce papier est bien indigeste, nos enfants ne se nourriront ni de vos discours, ni de vos déclarations, mais de ce que nous produisons nous les paysans. La souveraineté alimentaire doit être l’alternative à vos politiques néolibérales qui nous emmènent dans le mur. ! ». Puis il avait quitté la salle dans un silence assourdissant.
Aujourd’hui, force est de constater que la souveraineté alimentaire si chère à Henri Saraghi et à des centaines de millions de paysannes et de paysans est dévoyée. Pire, elle est récupérée, dénaturée, utilisée par ceux-là mêmes qui prônent la libéralisation du commerce en Europe et hors d’Europe. Ceux qui s’arcboutent pour que la politique agricole commune, la PAC, nous éloigne encore un peu plus de la souveraineté alimentaire.
L’Europe est en effet à la fois prisonnière et gardienne farouche des règles de l’Organisation Mondiale du Commerce. Prisonnière car si elle ne les remet pas en question elle sera incapable de réaliser la transition vers une agriculture plus écologique sans détruire ses paysans et paysannes. Gardienne car ce sont ces règles qui lui permettent de poursuivre sa politique agricole exportatrice agressive. Les rares avancées qui avaient pu être constatées au niveau du Parlement européen lors du vote en première lecture au mois d’octobre dernier sont balayées d’un revers de main. L’Union européenne continue dans sa volonté de conquête des marchés extérieurs, et dans son soutien inébranlable de ses industries de l’agroalimentaire. Elle plie le genou devant les États-Unis qui lui imposent de ne pas développer sa propre autonomie agricole en acceptant de brider sa production de protéine végétale. La compétition de tous contre tous, aux bénéfices de quelques-uns et au détriment du plus grand nombre a de beaux jours devant elle.
Profitant de la semaine que notre pays consacre habituellement aux questions agricoles lors d’un salon qui est une vitrine publicitaire des dernières avancées technologiques de grandes firmes, le Président de la République et le ministre de l’Agriculture se déguisent en défenseur de la souveraineté alimentaire, en porte-voix des paysans.
La souveraineté alimentaire a été présentée il y a près de 25 ans par Via campesina et le réseau altermondialiste.
Elle désigne le DROIT des populations, de leurs États ou Unions à définir leur politique agricole et alimentaire, sans dumping vis-à-vis des pays tiers. Ce droit comprend en particulier :
• la priorité donnée à la production agricole locale pour nourrir la population, l’accès des paysan(ne)s et des sans-terres à la terre, à l’eau, aux semences, au crédit. D’où la nécessité de réformes agraires, de la lutte contre les OGM (organismes génétiquement modifiés) pour le libre accès aux semences, et de garder l’eau comme un bien public à répartir durablement.
• le droit des paysan(e)s à produire des aliments et le droit des consommateurs à pouvoir décider ce qu’ils veulent consommer et qui et comment on le produit.
• le droit des États à se protéger des importations agricoles et alimentaires à trop bas prix ; des prix agricoles liés aux coûts de production : c’est possible à condition que les États ou Unions aient le droit de taxer les importations à trop bas prix, s’engagent pour une production paysanne durable et maîtrisent la production sur le marché intérieur pour éviter des excédents structurels.
• la participation des populations aux choix de politique agricole.
• la reconnaissance des droits des paysannes, qui jouent un rôle majeur dans la production agricole et l’alimentation.
Sur tous ces points, les propositions d’Emmanuel Macron ou de Julien Denormandie, que ce soit au niveau européen ou au niveau français, viennent affaiblir un peu plus les paysans en n’étant incapables de garantir des prix corrects, en ne pensant qu’en terme de balance commerciale et de compétitivité, en décidant de la politique agricole européenne derrière des portes closes, en continuant à autoriser des produits dangereux comme le glyphosate, et en se faisant les apôtres des OGM.

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